Affalé sur lit, le dos bien à plat, les coudes repliés, les mains lacées pour y poser la tête, Amoureux contemplait le plafond, dubitatif.
Au dessus de lui, se balançaient, chacun chez soi, Isidor, Capri et Bonaparte, les poissons rouges gagnés à la foire du trône.
L n'avait pas voulu qu'on les sorte de leurs maisons de plastique mou ne voulant pas "bousculer leurs habitudes" ni les mélanger de peur qu'ils n'essaient de prouver leur virilité et qu'ils ne finissent par se manger entre eux.
Amoureux avait du trouver un ingénieux système pour les nourir et les rattacher au plafond.
Satisfaite et enjouée, elle avait confié: "Ca m'aide à m'endormir. Comme un pendule, tu sais! Et puis ils ne sont pas trop dépaysés comme ça."
Il ne s'est pas inquiété tout de suite.
L était fraiche et hors du commun, faisait des choses extraordinaires ou incroyablement stupides sans faire "exprès". Une enfant délicieuse et terriblement charnelle. Ses joues veloutées et ses grands yeux changeant vous faisaient perdre toute notion de raisonnable ou rationnel. Le puéril de ses réactions, caprices ou divagations devenait pour vous que la demonstration de sa pureté enfantine. Mais toute enfantine qu'elle fut, L avait un corps dans lequel elle se mouvait dans un savant mélange de maladresses, d'ondulations, et de tensions. L'ambiguité même. Dans ses mots, dans ses gestes, dans son être entier, on ne pouvait déceler le mensonge de la vérité.