Dimanche 24 décembre 2006
L, n'a pas donné de signe de vie à "son amoureux" depuis trois semaines.
Sa ligne était coupée, son appartement vide et leurs amis communs au courant de rien.Malgré la rupture, "Amoureux" s'inquiétait.
Apres la peur puis la fuite de cette magnifique proie à la folie, venait le manque.
Un trou béant, un quotidien enfin calme, malsainement raisonable et mature.
C'est sous la douche lascive du dimanche midi qu'Amoureux entendit le répondeur se mettre en marche.
A la premiere syllabe, entre les flots du pommeau cognant sur le plexiglass,il reconnu la voix flutée d'L.Il courru à travers tout l'appartement, encore trempé, s'arreta net devant le combiné: L, était en pleine conversation avec son répondeur.

"J'aime bien les répondeurs, ça résonne. J'aime bien quand ça résonne.comme dans la salle de bain. J'aime bien les sallas de bains ; avec du carrelage frais. J'aime le carrelage frais. Ca chatouille les pieds et ça ouvre les pores sur les épaules.

rictus cristalin; silence

Naan! décroche pas, fout nous la paix!

soupir sonore mais léger.

Ca y est...? il est parti??
Bon, là tu vois chuis assise, le menton sur mes genoux, adossée à la baignoire, les fesses sur le carrelage froid... Quoi? naaan chui pas toute nue j'ai une culotte et mon débardeur immaculé de sang...
 
un temps

c'est pas ma faute, je l'aimais vraiment, ma patouchka. Elle sentait tellement bon qu'il fallait que je verifie. Tu comprends? ... J'étais sûre d'avoir raison. Il fallait que je lui prouve à lui là... Tu comprends?...
Oui, Lui, ton espion perso assis sur un brin de canapé, l'oreille à fleur de répondeur près à bondir pour me lécher le tympan!
 
un temps, un souffle

...excuse moi...

Il fallait que je lui prouve que sentir bon de l'âme c'est possible... Tu comprends, hein? Tu comprends toi??
Alors oui, je l'ai ouverte avec mon coupe ongle, je l'ai dépecée, j'ai été très minutieuse, bien appliquée, pleine de douceur. Une fois ouverte, j'ai retourné ses entrailles comme un gant de toilette....
Il y a eu une douce effluve au creux de mes narines... chaude et tendre, charnue et ambrée... Divine.
Alors j'ai ris. Aux éclats comme du cristal. J'avais gagné!!
J'ai courru jusqu'à la chambre, j'ai bondi sur lit, je lui ai mis ma patouchka sous les naseaux et j'ai susuré victorieuse:
t'as vu, je le savais, mon chat sent encore plus bon de l'intérieur!
....
Mais lui, il n'est pas comme toi, il n'a pas compris.
Sa bouche s'est tordue comme un guignol qui fond, ses yeux m'ont sautés dessus, il a crié des mots que je ne comprenais pas  "monstre", "torture" et mon prénom en boucle. Il répétait sans cesse "pourquoi, pourquoi", alors moi je lui expliquait doucement en souriant pour le calmer, mais ça marchait pas. Il m'a attrapé par les cheveux...

oups! y'a le lait qui déborde faut quj'y aille!!
à bientot mon résonneur..."
 

la tonalité de fin de communication fit sursauter Amoureux qui, machinalement se leva du morceau de canapé qui l'avait recueilli,se dirigea vers le répondeur et l'eteignit. La machoire béante, il se traina vers la salle de bain: reprendre une douche...                        ...brulante.    


 

 

 

Par plume et pugilat - Publié dans : émoglobine légère
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