Mercredi 28 mai 2008

      .... Ambrine saisi la poignée de cuivre et pousse la lourde porte de ce qui lui semble être une taverne. Encore secouée par ce dernier soufflet du temps, toute ébourrifée, elle trébuche sur la pierre lisse du seuil, dévale les trois petites marches de l'entrée et se retrouve les fesses sur la dernière.

Envellopée dans la chaleur du lieu où crépite un feu qu'elle entend sans le voir, Ambrine ouvre des yeux crédules sur cette taverne qui n'en est pas une.
Cette terre d'accueil est une boutique bien insolite.
Toute cossue, avec son plafond bas et sombre, ses poutres massives, son odeur de caramel, d'orange et de bois, ses étagères par centaines habitées par des milliers d'objets multicolores (principalement des bocaux en verre et des boites opaques peintes figurant des scenettes baroques),  elle semble tout droit sortie d'un conte de fée d'un autre siècle.

Sur la droite, les bocaux sont remplis de confiseries. Il y en a de toutes les couleurs, toutes les textures et toutes les formes. Eparpillés au milieu des bonbons, des nougats, des guimauves, des caramels, des berlingots et des fleurs cristalisées, on trouve des livres dépareillés aux couvertures glacées, illustrées de patisseries toutes aussi appétissantes que les sucreries voisines.

 Tous ces délices visuels surplombent une rangée de larges tables en noyer aussi massives que les poutres, accompagnées de chaque coté par leurs bancs. Sur chacune d'entres elles sont posés deux bougeoirs en granite élevant de hautes bougies pourpres et carmins.

Sur la gauche domine un bar qui semble être construit comme un élément de la charpente, dans le même bois. Ses contours sont doux et épais et ses trois colonnes (une à chaque extrémité et une au centre) sont finement sculptées, représentant des animaux chimériques.
Entre chaque colonne, sous le comptoir, il y a une bibliothèque fournie de livres, très sérrés les uns contre les autres, de tailles et d'aspects aussi varié que les confiseries d'en face.
Au dessus du bar, encore des étagères. celles avec les boites peintes. Là encore il y en a un nombre incalculable. De toutes les tailles, plus ou moins vielles, accompagnées par des bols tout aussi éclectiques, ébréchés, fleuris, unis, vichy...
Trônent aussi  une boite à musique ronde, des appareils photos, un vilbrequin, un fouet de cuisine en bois avec une drôle de molette en engrenage, des bougoirs, de vieux cadres craquelés,  des lampes à la lumière cerise et mirabelle...

Au fond sur la droite, après les tables, on dirait que ça monte un peu mais un mur improvisé de quelques planches espacées empêchent de bien distinguer ce qui s'y trouve. On devine des fauteuils douillets en velours, des tentures épaisses à gros motifs et des flammes dansantes.

Face à  Ambrine, au bout de l'allée dessinée par l'espace entre la rangée de tables et le bar, il y a un homme de dos, la tete penchée vers le bas, les épaules qui s'affairent. Il est grand et charpenté comme le lieu. Ses épaules sont larges et arrondies, son dos est massif et fin à la fois. Quelques boucles rousses et épaisses lui lèchent la nuque.

Plus alerté par la vague de froid s'engoufrant par la porte et lui frôlant la colone vertébrale, que par le vacarme de la chute d'Ambrine, l'homme lança sans se retourner :
_"depuis quand suis je ouvert le jeudi? Revenez demain à une heure plus décente."
Cette voix contrastait totalment avec le lieu et l'atmosphère qui s'en dégageait. Le timbre sonnait assez jeune mais  grave et ferme...

Par plume de lune - Publié dans : êtres virtuels - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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