Mercredi 28 mai 2008
22h, un soir d'hiver, une petite ville de province.
Un vieux cinéma de quartier, "le Héron" dont l'enseigne lumineuse a perdu le "n".

Sortant du havre vermeil de la salle obscure, Ambrine se fait giffler par le froid.
En un instant son corps se tend, se fige, cherche dans chaque pore, chaque cellule, à se protéger de cette agression gratuite et si violente. Intrépide automate, elle se lance au travers de son adversaire d'un pas résolu et chaloupé. Le vent indécent fait rougir ses doigts et lui plante ses ongles acérés dans la chair du nez. Elle diminue sa respiration de peur qu'il tombe. Glaciale, la température lui mord les joues et lui tire les larmes.

La brume s'insinue dans son esprit et bientot Ambrine perd le nord. Brave petit soldat, elle avance sur le bitume gominé du boulevard, le visage droit, son regard orange tendu comme une flèche vers l'horizon, inflexible aux jaillissements crus des phares automobiles.

Acharné, le froid a raison de notre vaillante cinéphile, qui, incapable d'évaluer la distance qui lui reste à parcourir jusqu'à son hotel, déclare forfait et cherche des yeux un lieux où retrouver un peu d'ardeur. Mais les rues de Luverne à cette heure, sont désertes. Ambrine quitte le macadam du boulevard Léonard Cohen pour s'engouffrer dans le dédale des rues pavées du vieux centre. Toutes les échopes, tous les cafés sont fermés.

A bout de forces, la jeune femme est sur le point de sonner chez les premiers inconnus dont le nom lui plaira lorsqu'elle distingue au bout de la rue Louis Tiercelin, une tache jaune
rouge flamboyante sur le pavé gelé. Elle s'en rapproche comme hypnotisée.

C'est la lumiere d'une petite boutique à la devanture boisée, quadrillée, parsemée de vitraux cerise et mirabelle, qui éclabousse le trottoir. Elle est charmée, son regard se réchauffe, ses pupilles sourient.
Pourtant, elle n'ose pas entrer. Comme si cette douceur dans ce moment hostile, était suspecte. Ambrine se voit Blanche neige face à la pomme. Elle frotte un morceau de vitre, et promène un regard de Gretel à l'interieur. Le verre est opaque et ondulé, elle ne détache que vaguement, une silhouette d'homme de dos.

Une bourasque hysthérique la somme d'entrer...


Par plume de lune - Publié dans : êtres virtuels - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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