Vendredi 17 octobre 2008
Pas d'oubli ni d'abandon.
Une vie.
De longues et chaotiques pensées pour ici, pour eux.

Il y aura la suite et la fin d'Ambrine...
Des portraits lettrés...
...Et un ailleurs, un chemin de traverse à deux corps, une surprise...

Pour le moment, il y a un silence feint, et le doux sourire de vous voir passer.

Plume
Par plume de lune - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 4 juin 2008

Ambrine ne bougea pas et resta muette; contemplative.
Au bout de longues minutes, elle éternua, aigu et sonore.
Les épaules masculines s'immobilisèrent et l'homme se retourna lentement.
_"C'est impoli d'insis..." Il s'arreta net, décontenancé à la vue de notre  demoiselle, les fesses sur le sol, dégoulinante et  tremblante, la tignasse ébourrifée, les grands yeux oranges et le nez pointu dressés vers lui comme un combatant à l'agonie qui ne veut pas abdiquer.

Concentrant ses dernières forces, elle lui lança à toute allure de sa voix félée:
_"Je viens d'Ogrens, je suis ici pour quelques jours, ça fait plus d'une heure que je bataille contre ce maudit vent d'est et cette pluie glaciale, je ne sais ni où je suis ni où se trouve mon hotel. Je suis morte de froid et de fatigue, je deteste déjà cette ville et je ne bougerai pas de cette marche avant d'avoir retrouvé l'usage de mes membres et appelé un taxi."
Elle pris une profonde inspiration et ferma les yeux comme si elle allait recevoir un coup.

Sans donner un seul indice à Ambrine sur l'effet de sa plaidoirie, l'homme promena un bref instant ses iris Majorelles sur elle et  parti derrière le bar.
Il fit tinter différents objets, attrappa plusieurs boites sur les étagères sans plus faire attention à la demoiselle. Il arreta son bazar et disparu au fond de la boutique, derriere le mur improvisé en planches. Bruits de pas qui montent des escaliers qui craquent. Il en redescendit presqu'aussitot.

Il s'approcha d'Ambrine et la pris dans ses bras sans une secousse, avec une facilité surprenante et bien plus de délicatesse qu'il n' en avait l'air capable.
Il traversa la boutique monta trois autres petites marches et la posa derrière le mur improvisé, dans un grand fauteuil moelleux en velours prune. La cheminée crépitante semblait lui faire des oeillades fasécieuses. Il lui jetta une couverture épaisse et douce sur les jambes et retourna vers le bar.

Ambrine glissa une pupille curieuse dans l'interstice des planches: en dessous d'elle sur une table, étaient allignées une douzaine de paires de chaussures, un attirail d'ustensiles et une énorme boite de cirage qui sentait comme les vacances à la campagne avec son père.
Plus loin, le maitre des lieux continuait sa musique  de cuisine tintante, sifflante, claquante...

Lovée dans sa bonbonière prune et capitonée, apaisée par le poid de la couverture et léchée par la chaleur des flammes , Ambrine laissa sa tête basculer sur le coté, ses paupières chavirer en avant et s'endormi presque.

Elle pouvait sentir son sang fondre et courrir de nouveau, impétueux entre ses veines. Ses muscles se dégelèrent progressivement, sans accoups pour finir en mottes de beurre tendres et fermes. Les yeux clos, elle se promenait dans le paysage de son corps. Rouge, chaud, palpitant avec son fleuve qui gronde et dévale ses monts et ses vallons. Sa respiration se fit profonde et sereine, ses traits se lissèrent et sa bouche rosit. (la légende raconte qu'elle ronflait tendrement... Chut!) .
 

C'est une odeur suave douce-amère, s'insinuant dans ses narines qui déplia les paupières d'Ambrine. Devant elle, sur la table, un bol à cannelures, couleur crème à fleurs rouges exhibe fierement ses rondeurs portant un breuvage blanc cassé. La fumée qui s'échappe fleure la vanille, la canelle et la giroffle. Il a pour compagnon, une assiette assortie , coquettement garnie de patisseries charnues, sombres et alvéolées. En son milieu, trône un ramequin miniature gorgé d'un liquide or translucide.
De l'autre côté du bol un livre est allongé paisiblement, "oliver twist" de Charles Dickens.
Sur l'un des gâteaux, posé comme un tipi sur une colline, il y a un papier plié avec comme destinataire "
MLLE".

Ambrine le saisi et le déplia. Même le bruissement du papier avait sa place et son importance dans cette antre chamarée. Sur la page tissée s'étiraient des mots violets sans doute tracés par une plume bisautée:

"
Mlle, veuillez excuser mon impolitesse et mon accueil aussi froid que le temps.
C'est que le jeudi, je n'aime pas le bruit. Il est banni de mon cercueil.
Vous êtes la bienvenue, je vous ai préparé du thé au lait aux épices
avec des nonnettes à l'orange et à l'érable et quelques tranches de pain perdu.
Trempez les dans le miel de bruyère.
Rien de tel qu'un gouter nocturne pour vaincre tous les maux.
Rien de tel qu'un Dickens à l'heure du gouter.
Faites ici ce qui vous chante, tant que c'est en silence.
                                                                        
                                                                                            Franklin "


C'est une grande explosion rassurante et euphorisante qui éclata au creux d'Ambrine.
Du regard, elle fit le tour du lieu. De mémoire, elle revit son parcours depuis sa sortie du cinéma.
Elle sourit. Elle venait de pénétrer dans l'écran.

Elle glissa de nouveau sa pupille dans l'interstice des planches et épia son hôte. Elle scruta sa carrure, fouilla ses boucles rousses épaisses, lisses et désordonnées, contourna la nomenclature de son visage s'accrochant à son ossature, sa machoire, son menton, ses pomettes, elle sautilla sur ses tâches de rousseur recouvrant sa peau mate.
Il cirait ses chaussures. Ses gestes étaient brusques et méticuleux à la fois. Comme un cérémonial mené par un homme qui "n'aime pas les cérémonies".

Ambrine se figea.
Son oeil fauve transpercé à quelques centimetres par l'iris majorelle de Franklin.
A travers l'interstice du bois aucun ne détourna le regard....


Par plume de lune - Publié dans : êtres virtuels - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 28 mai 2008

      .... Ambrine saisi la poignée de cuivre et pousse la lourde porte de ce qui lui semble être une taverne. Encore secouée par ce dernier soufflet du temps, toute ébourrifée, elle trébuche sur la pierre lisse du seuil, dévale les trois petites marches de l'entrée et se retrouve les fesses sur la dernière.

Envellopée dans la chaleur du lieu où crépite un feu qu'elle entend sans le voir, Ambrine ouvre des yeux crédules sur cette taverne qui n'en est pas une.
Cette terre d'accueil est une boutique bien insolite.
Toute cossue, avec son plafond bas et sombre, ses poutres massives, son odeur de caramel, d'orange et de bois, ses étagères par centaines habitées par des milliers d'objets multicolores (principalement des bocaux en verre et des boites opaques peintes figurant des scenettes baroques),  elle semble tout droit sortie d'un conte de fée d'un autre siècle.

Sur la droite, les bocaux sont remplis de confiseries. Il y en a de toutes les couleurs, toutes les textures et toutes les formes. Eparpillés au milieu des bonbons, des nougats, des guimauves, des caramels, des berlingots et des fleurs cristalisées, on trouve des livres dépareillés aux couvertures glacées, illustrées de patisseries toutes aussi appétissantes que les sucreries voisines.

 Tous ces délices visuels surplombent une rangée de larges tables en noyer aussi massives que les poutres, accompagnées de chaque coté par leurs bancs. Sur chacune d'entres elles sont posés deux bougeoirs en granite élevant de hautes bougies pourpres et carmins.

Sur la gauche domine un bar qui semble être construit comme un élément de la charpente, dans le même bois. Ses contours sont doux et épais et ses trois colonnes (une à chaque extrémité et une au centre) sont finement sculptées, représentant des animaux chimériques.
Entre chaque colonne, sous le comptoir, il y a une bibliothèque fournie de livres, très sérrés les uns contre les autres, de tailles et d'aspects aussi varié que les confiseries d'en face.
Au dessus du bar, encore des étagères. celles avec les boites peintes. Là encore il y en a un nombre incalculable. De toutes les tailles, plus ou moins vielles, accompagnées par des bols tout aussi éclectiques, ébréchés, fleuris, unis, vichy...
Trônent aussi  une boite à musique ronde, des appareils photos, un vilbrequin, un fouet de cuisine en bois avec une drôle de molette en engrenage, des bougoirs, de vieux cadres craquelés,  des lampes à la lumière cerise et mirabelle...

Au fond sur la droite, après les tables, on dirait que ça monte un peu mais un mur improvisé de quelques planches espacées empêchent de bien distinguer ce qui s'y trouve. On devine des fauteuils douillets en velours, des tentures épaisses à gros motifs et des flammes dansantes.

Face à  Ambrine, au bout de l'allée dessinée par l'espace entre la rangée de tables et le bar, il y a un homme de dos, la tete penchée vers le bas, les épaules qui s'affairent. Il est grand et charpenté comme le lieu. Ses épaules sont larges et arrondies, son dos est massif et fin à la fois. Quelques boucles rousses et épaisses lui lèchent la nuque.

Plus alerté par la vague de froid s'engoufrant par la porte et lui frôlant la colone vertébrale, que par le vacarme de la chute d'Ambrine, l'homme lança sans se retourner :
_"depuis quand suis je ouvert le jeudi? Revenez demain à une heure plus décente."
Cette voix contrastait totalment avec le lieu et l'atmosphère qui s'en dégageait. Le timbre sonnait assez jeune mais  grave et ferme...

Par plume de lune - Publié dans : êtres virtuels - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 28 mai 2008
22h, un soir d'hiver, une petite ville de province.
Un vieux cinéma de quartier, "le Héron" dont l'enseigne lumineuse a perdu le "n".

Sortant du havre vermeil de la salle obscure, Ambrine se fait giffler par le froid.
En un instant son corps se tend, se fige, cherche dans chaque pore, chaque cellule, à se protéger de cette agression gratuite et si violente. Intrépide automate, elle se lance au travers de son adversaire d'un pas résolu et chaloupé. Le vent indécent fait rougir ses doigts et lui plante ses ongles acérés dans la chair du nez. Elle diminue sa respiration de peur qu'il tombe. Glaciale, la température lui mord les joues et lui tire les larmes.

La brume s'insinue dans son esprit et bientot Ambrine perd le nord. Brave petit soldat, elle avance sur le bitume gominé du boulevard, le visage droit, son regard orange tendu comme une flèche vers l'horizon, inflexible aux jaillissements crus des phares automobiles.

Acharné, le froid a raison de notre vaillante cinéphile, qui, incapable d'évaluer la distance qui lui reste à parcourir jusqu'à son hotel, déclare forfait et cherche des yeux un lieux où retrouver un peu d'ardeur. Mais les rues de Luverne à cette heure, sont désertes. Ambrine quitte le macadam du boulevard Léonard Cohen pour s'engouffrer dans le dédale des rues pavées du vieux centre. Toutes les échopes, tous les cafés sont fermés.

A bout de forces, la jeune femme est sur le point de sonner chez les premiers inconnus dont le nom lui plaira lorsqu'elle distingue au bout de la rue Louis Tiercelin, une tache jaune
rouge flamboyante sur le pavé gelé. Elle s'en rapproche comme hypnotisée.

C'est la lumiere d'une petite boutique à la devanture boisée, quadrillée, parsemée de vitraux cerise et mirabelle, qui éclabousse le trottoir. Elle est charmée, son regard se réchauffe, ses pupilles sourient.
Pourtant, elle n'ose pas entrer. Comme si cette douceur dans ce moment hostile, était suspecte. Ambrine se voit Blanche neige face à la pomme. Elle frotte un morceau de vitre, et promène un regard de Gretel à l'interieur. Le verre est opaque et ondulé, elle ne détache que vaguement, une silhouette d'homme de dos.

Une bourasque hysthérique la somme d'entrer...


Par plume de lune - Publié dans : êtres virtuels - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Lundi 24 décembre 2007
Par plume de lune - Publié dans : vaporescence
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